Pour la première fois, l’Europe a vu sa production renouvelable — principalement solaire, éolienne et hydroélectrique — dépasser celle des énergies fossiles, un record historique salué par les observateurs. Pourtant, en France, professionnels du solaire et professionnels de l’éolien vivent une profonde déception liée à l’absence de visibilité politique et industrielle.
Pourquoi le record historique de production renouvelable ne suffit pas pour les professionnels du solaire et de l’éolien
Le think tank Ember a confirmé que la part des énergies renouvelables en Europe approche 48 % lorsque l’on intègre l’hydroélectricité. Cette bascule symbolique masque toutefois des fragilités : la croissance de la production ne compense pas l’absence de cadrage national.
Sur le terrain, les acteurs voient leurs carnets de commandes se vider faute d’appels d’offres réguliers et d’un calendrier public clair. La déception est d’autant plus vive que ces filières ont prouvé leur capacité d’industrialisation et de création d’emplois.
Un fil conducteur : la PME SolWatt Bretagne confrontée à l’incertitude
Laurent Moreau, dirigeant de la PME fictive SolWatt Bretagne, illustre ce quotidien : après avoir recruté et formé des équipes pour monter des centrales solaires, il a vu les appels d’offres se tarir. Sans visibilité, il freine les investissements et menace des savoir-faire récemment acquis.
Son constat rejoint celui du Syndicat des énergies renouvelables : « il faudra repartir à zéro » si la continuité de la commande publique n’est pas rétablie. Cet exemple montre combien l’effet psychologique d’un vide réglementaire peut être aussi dévastateur que les pertes financières directes.
Retards de la PPE : impacts concrets sur la chaîne industrielle et l’emploi
La troisième programmation pluriannuelle de l’énergie est attendue depuis près de deux ans ; sa publication répétitivement repoussée par les gouvernements successifs a provoqué un véritable blocage. Sans plafond clair pour les différentes filières, les appels d’offres photovoltaïques et éoliens en mer se raréfient.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025 la filière solaire a mis en service 6 GW — un niveau record pour la France — et comptait entre 60 000 et 80 000 emplois. Pourtant, des signes de contraction apparaissent, avec des licenciements industriels déjà observés.
Cas concret : les suppressions de postes chez les équipementiers
Fin 2024, GE Vernova a annoncé 900 suppressions d’emplois, dont 140 à Montoir-de-Bretagne, puis 600 postes supplémentaires en 2025 (120 en France). Ces mouvements menacent non seulement des emplois mais des compétences techniques difficiles à reconstituer.
Sans une reprise rapide des commandes publiques, la filière risque de perdre des pans entiers de capacité industrielle — un coût qui se paierait lorsque viendra le moment de remonter en puissance.
Risques pour la souveraineté énergétique et contexte macroéconomique
Un rapport du Shift Project rappelle que la France dépend fortement des énergies fossiles : sur les 2550 TWh nécessaires au pays, 70 % proviennent encore de pétrole et de gaz, et seulement 19 % de la production est assurée localement. Cette forte dépendance expose le pays aux chocs extérieurs.
Sur fond d’instabilité géopolitique, la maîtrise de la chaîne d’approvisionnement et la capacité à maintenir des filières industrielles locales sont des enjeux de souveraineté. Quand la programmation stratégique fait défaut, ces enjeux sont compromis.
Une offensive politique qui inquiète
La tentative du RN en juin 2025 d’imposer un moratoire sur les renouvelables lors de l’examen de la loi Gremillet illustre la volatilité politique entourant la transition énergétique. Même si l’initiative a échoué, elle a semé l’incertitude et renforcé la prudence des investisseurs.
La leçon : politique et industrialisation doivent rester alignées pour que les gains de production renouvelable deviennent des acquis durables.
| Indicateur | Valeur / année | Impact |
|---|---|---|
| Part des renouvelables en Europe | 48 % (incluant hydro) | Record historique mais déséquilibre entre pays |
| Capacité solaire mise en service (France) | 6 GW en 2025 | Rythme record, insuffisant sans commandes soutenues |
| Emplois estimés (filière renouvelable France) | 60 000–80 000 | Risques de pertes massives en cas d’arrêt des projets |
| Consommation énergétique France | 2550 TWh | 70 % d’origine fossile ; 19 % produit localement |
| Derniers appels d’offres significatifs | Septembre 2025 | Quasi-moratoire depuis cette date |
| Suppressions annoncées (GE Vernova) | 900 fin 2024 ; 600 en 2025 (120 en France) | Perte de compétences industrielles |
Comment éviter de repartir à zéro : mesures pratiques pour relancer la transition énergétique
Pour préserver les acquis industriels et relancer la dynamique, il faut à la fois des signaux politiques clairs et des mesures opérationnelles immédiates. La programmation pluriannuelle de l’énergie doit fixer des objectifs crédibles et des calendriers d’appels d’offres réguliers.
Il est aussi essentiel de combiner soutien aux fabricants locaux, formation continue et investissements dans les réseaux et les solutions de stockage pour maximiser l’intégration de l’énergie solaire et de l’énergie éolienne.
- Stabilité réglementaire : publier une PPE ambitieuse et lisible pour cinq ans afin d’éviter l’effet d’arrêt-cardiac sur la filière.
- Soutien industriel : contrats d’achat à long terme et aides ciblées pour préserver les lignes de production critiques.
- Formation et reconversion : programmes locaux pour retenir les compétences et éviter la perte de savoir-faire.
- Accélération des appels d’offres : relancer les procédures dès que possible pour remplir les carnets de commandes.
- Renforcement des réseaux : investir dans les interconnexions et le stockage pour absorber une production renouvelable croissante.
Ces actions coordonnées limitent le risque de devoir repartir à zéro et transforment le record de production renouvelable en un socle solide pour la transition énergétique.
Perspectives et dernier insight
Le constat est clair : la production renouvelable a atteint un palier historique, mais sans volontarisme politique et décisions industrielles, la France risque de gâcher une fenêtre d’opportunité unique. Les professionnels du solaire et de l’éolien attendent des engagements concrets pour transformer la déception actuelle en relance durable.
Agir vite et intelligemment permettrait de sauvegarder emplois, savoir-faire et souveraineté énergétique ; l’alternative serait bien réelle : repartir à zéro.




