Résumé : À Millac, le projet agrisolaire porté par Neoen a été rejeté par le tribunal administratif de Poitiers le 29 janvier 2026. La décision fait primer l’exigence d’une évaluation des effets cumulés entre installations solaires et éoliennes sur la biodiversité, pointant un risque de « fort dérangement » non quantifié.
Brief : Le dossier mêle enjeux locaux, questionnements scientifiques et cadre juridique. Le rejet ordonne une remise à plat des études d’impact avant toute nouvelle tentative d’implantation sur ce territoire.
Millac : un projet solaire stoppé par l’ombre des éoliennes
Le projet initial prévoyait une centrale photovoltaïque au lieu-dit Mollesard, conçue sur plus de 134 hectares pour 111 MWc. Face aux remarques issues de l’enquête publique, Neoen a réduit son périmètre à 103 hectares et à 84 MWc.
Malgré cette révision, l’arrêté préfectoral d’avril 2025 a maintenu l’interdiction, contestée en justice. La deuxième chambre du tribunal administratif de Poitiers a confirmé ce refus le 29 janvier 2026, validant la position de l’État sur le plan environnemental.
Insight : À Millac, la cohabitation éolien-solaire ne peut se résumer à une juxtaposition technique ; elle impose une évaluation territoriale intégrée.
Le point juridique : comment l’impact éolien a pesé dans la décision
Le tribunal a retenu que l’étude d’impact fournie par Neoen n’avait pas évalué de façon fiable les effets cumulés entre le parc photovoltaïque projeté et les deux parcs éoliens existants — la Croix de Chalais et la Croix Mérotte. L’argument procédural de Neoen a été écarté, la loi ne requérant pas alors l’audition systématique du pétitionnaire devant la commission.
La notion d’ombre éoliennes et d’ombrage n’est pas seulement physique : le juge a considéré l’impact conjoint sur la faune comme décisif, d’autant que l’étude reconnaissait une impossibilité d’estimer précisément ces effets et évoquait un possible « fort dérangement ».
Insight : Le droit environnemental impose désormais une approche cumulative, pas une addition d’études sectorielles.
Espèces concernées et données manquantes
Le site abrite 26 espèces d’oiseaux repérées, parmi lesquelles le milan royal et l’alouette lulu, ainsi qu’au moins 14 espèces de chauves-souris. L’étude de Neoen n’a pas décrit comment le paysage sonore, lumineux et l’ombrage lié aux panneaux pourraient modifier les trajectoires, la reproduction ou les ressources alimentaires de ces espèces.
Sans ces éléments, la juridiction a jugé impossible d’apprécier l’ampleur de l’impact éolien conjugué au projet solaire, et a donc refusé d’accepter des mesures compensatoires en l’absence d’une évaluation contradictoire.
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Surface initiale (Mollesard) | 134 hectares |
| Surface proposée après révision | 103 hectares |
| Puissance initiale | 111 MWc |
| Puissance proposée | 84 MWc |
| Espèces d’oiseaux observées | 26 (dont milan royal, alouette lulu) |
| Chauves-souris | 14 espèces |
| Parcs éoliens voisins | Croix de Chalais, Croix Mérotte |
| Date de la décision | 29 janvier 2026 |
| Délai pour appel | 2 mois |
Insight : Les données naturelles, lorsqu’elles manquent, deviennent l’obstacle principal aux projets d’énergie renouvelable construits côte à côte.
Les mesures ERC et pourquoi elles n’ont pas convaincu
Neoen avançait des mesures « Éviter-Réduire-Compenser » pour minimiser l’impact. Sur le papier, ces méthodes sont aujourd’hui la norme pour concilier projet solaire et développement durable.
Le tribunal a toutefois rappelé qu’il est illusoire de compenser avant d’avoir mesuré le cumul des pressions écologiques : éviter et réduire doivent être priorisées avant toute compensation, surtout quand la connaissance scientifique est lacunaire.
Insight : Les ERC fonctionnent mieux quand elles suivent une évaluation exhaustive des interactions entre infrastructures.
Conflit énergétique local : témoignage et fil conducteur
Pour illustrer le cas, prenons Claire, agricultrice et élue locale de Millac. Elle voit le besoin vital d’énergie renouvelable pour la région, mais s’inquiète de l’impact sur les prairies et sur les oiseaux qui longent ses champs.
Claire a participé aux réunions publiques et raconte les tensions entre voisins favorables à l’emploi local et ceux qui pointent le risque écologique. Ce conflit énergétique montre combien les arbitrages locaux sont sensibles et personnels.
- Les élus demandent une planification intégrée pour éviter la saturation du territoire.
- Les agriculteurs veulent des solutions agrisoles respectueuses du foncier et de la faune.
- Les associations de protection animale exigent des études robustes sur les oiseaux migrateurs.
- Les développeurs réclament de la clarté juridique pour investir en toute sérénité.
Insight : Le débat local révèle que la transition énergétique ne peut réussir sans concertation réelle et données scientifiques partagées.
Enjeux nationaux et enseignements pour le développement durable
Le cas de Millac appelle des enseignements plus larges pour la France et l’Europe : planifier l’implantation d’éolien et de solaire en regardant la pression cumulée sur les écosystèmes, pas seulement la capacité de production.
Des exemples récents montrent que la montée des projets se heurte parfois à des impacts inattendus sur les oiseaux et la biodiversité, ce qui alimente un débat plus large sur l’équilibre entre urgence climatique et préservation des milieux naturels. Pour approfondir ces tensions, voir cet article sur les perspectives des énergies renouvelables.
Les perspectives des énergies renouvelables et les retours d’expérience locale comme Millac doivent servir de base pour mieux articuler production et protection.
Les débats autour des mortalités aviaires illustrent un risque concret pour l’acceptation sociale : témoignages et données sur les oiseaux montrent que la question n’est pas théorique et qu’elle doit être prise en compte en amont des autorisations.
Insight : La réussite du développement durable passe par des standards d’évaluation cumulative et une gouvernance territoriale partagée.




